Les artistes nés après 2000 pensent-ils encore le vinyle ?

Vinyle et Génération Z : la nouvelle scène redécouvre l’analogique

Alors que la musique n’a jamais été aussi accessible grâce au streaming, une génération née avec Spotify dans les oreilles redonne vie à un objet que l’on croyait relégué aux étagères des collectionneurs : le disque vinyle. Loin d’être une simple tendance rétro, cette redécouverte s’impose comme un mouvement culturel à part entière, mêlant quête d’authenticité sonore, fétichisme de l’objet et affirmation identitaire. Les artistes nés après 2000 participent désormais activement à cette renaissance.

Un retour chiffré : le vinyle dépasse le CD

Selon le rapport 2023 de la RIAA, les ventes de vinyles ont progressé de 17 % en un an pour atteindre plus de 43 millions d’exemplaires écoulés, un record depuis 1988. En France, le Syndicat National de l’Édition Phonographique annonce une croissance de 15 % du marché, représentant près de 10 % du chiffre d’affaires global de la musique enregistrée. Un paradoxe à l’heure du tout-numérique : les moins de 25 ans, nés bien après l’âge d’or du microsillon, figurent parmi les plus gros acheteurs.

Cette génération ne cherche pas seulement un son : elle cherche une expérience. Là où le streaming est une consommation rapide et immatérielle, le vinyle impose un rituel — poser le disque, écouter l’album dans l’ordre pensé par l’artiste, observer la pochette grand format, lire les crédits. Chaque détail devient partie intégrante de l’écoute.

Des jeunes artistes qui pensent vinyle dès la création

Certains artistes de la nouvelle scène, comme Bea Kristi alias beabadoobee (née en 2000), ou le prodige français Oscar Anton (né en 1997, mais partie intégrante de cette génération numérique), conçoivent désormais leurs albums avec une version vinyle en tête : choix du mastering, visuel, séquencement des titres. Sur limited-vinyl.fr, on retrouve cette attention sur des projets comme le premier LP de The Lazy Eyes, groupe australien dont la moyenne d’âge frôle les 22 ans — un psychédélisme analogique assumé, pressé sur vinyle translucide numéroté.

Aux États-Unis, des artistes comme Clairo ou Girl in Red (née en 1999) multiplient les éditions limitées colorées, conscientes que leurs fans collectionnent ces objets comme des fragments d’univers visuel et sonore. Ces pressages limités deviennent aussi un format de revenu alternatif à une économie du streaming où le modèle paye peu : un vinyle vendu 30 € rapporte autant que des milliers d’écoutes sur une plateforme.

Le vinyle : un manifeste contre la dématérialisation

Le retour du vinyle répond à un besoin générationnel de matérialité. Dans une étude menée par MusicWatch, plus de 65 % des jeunes acheteurs de disques vinyles déclarent le faire pour “posséder quelque chose de tangible”. Le format devient une manière d’habiter sa passion musicale, de décorer son espace, d’affirmer ses goûts.

Sur le plan artistique, le vinyle influence jusqu’aux choix de production : plusieurs jeunes beatmakers, comme Phazz ou le duo Kids Return pressent leurs EP sur vinyle, jouant avec les limitations du support — durée maximale, dynamique sonore — pour penser leur musique de manière “analogique”. L’écoute active redevient un moment d’attention, une immersion sans algorithme ni bouton “skip”.

Un objet de collection, un pont entre générations

Ce qui frappe, c’est la collision des mondes : un exemplaire neuf de “Lover Records Club” de Myako se retrouve dans la même collection que les classiques de Radiohead ou Daft Punk. Le jeune public réunit ainsi les époques. Sur limited-vinyl.fr, la proportion d’acheteurs de moins de 25 ans avoisine déjà 30 %, un chiffre en constante hausse depuis 2020. Le vinyle devient signe de curiosité, de goût du son et du bel objet, mais aussi d’appartenance à une communauté d’auditeurs attentifs — une forme de résistance culturelle à l’économie du flux.

La nouvelle génération fait tourner la platine

Les artistes nés après 2000 ne se contentent pas de subir le retour du vinyle : ils le façonnent, le conçoivent et l’intègrent pleinement à leur esthétique. Entre passion du son, authenticité et désir d’objets durables, le microsillon s’impose pour eux comme un prolongement naturel de la création. Une résurgence qui oblige l’industrie à repenser ses formats et qui redonne à la musique son poids, son grain, sa matérialité.